Smart City : le challenge de la mobilité inclusive

23 avril 2019

« En France, plus d’1,2 millions de personnes âgées et 400 000 victimes d’accidents divers n’ont pas accès aux transports ». Dans cette interview, Charlotte de Vilmorin, fondatrice de la Start-up Wheeliz, évoque les freins à la mobilité inclusive et donne sa vision de cet enjeu.

Pensez-vous aujourd’hui que les solutions de mobilité incluent les personnes à mobilité réduite ?

Je vois la mobilité inclusive sous le prisme des personnes à mobilité réduite. Et en France, nous avons beaucoup de retard sur cet enjeu. En effet, l’ancienneté de notre système de transport ne permet pas l’accessibilité aux personnes en fauteuil, hormis pour la ligne 14. Devoir réserver son trajet en RER 24h à l’avance afin d’être assisté par des agents de transport est également très pénalisant. Tout cela constitue un vrai frein à la vie professionnelle, sociale et à la citoyenneté.

De plus, les nouvelles solutions de mobilité qui voient le jour ne pensent pas, dès leur conception, à l’accessibilité des personnes en situation de handicap. Prenons l’exemple du projet de taxi flottant sur la Seine à Paris : Sea Bubbles.  Même si le concept est hyper innovant et présent à tous les salons Tech et Innovation, il n’est pas pensé pour les personnes en fauteuil. Ce qui pour moi est un non-sens.

Quelles sont les solutions développées par d’autres villes en matière de mobilité inclusive ?

A Londres, j’ai été frappée de voir que tous les taxis sont tous équipés de rampes. Un fauteuil roulant peut entrer dans tous les black cabs que l’on croise dans la rue. Cela change complètement le rapport à la mobilité, à la ville et à la façon de se déplacer. C’est un peu similaire à la ville de New-York où quasiment un taxi sur dix est accessible aux personnes en fauteuil. Pour moi qui viens d’un territoire comme la France et qui habite Paris, pouvoir se déplacer de façon complètement improvisée et héler un taxi dans la rue est quelque chose que je n’aurais jamais imaginé faire.

En termes d’infrastructures de transports en commun, c’est souvent les villes les plus modernes qui sont les plus accessibles. Et ce parce qu’elles ont été conçues initialement de façon inclusive. Je pense par exemple au métro à Dubaï : tout a été anticipé et pensé en amont de sa réalisation et de sa construction. Il y a des ascenseurs partout et même des solutions de substitution en cas de panne. C’est rare !

Quelles sont les principales avancées en matière d’innovation technologique pour les personnes à mobilité réduite ?

En France, plus d’1,2 millions de personnes âgées et 400 000 victimes d’accidents divers n’ont pas accès aux transports et nous sommes entrés dans un cercle vicieux : les personnes à mobilité réduite ne sont pas visibles parce qu’elles ne peuvent pas se déplacer, donc on les oublie au moment de concevoir l’innovation. Il en va de même pour les véhicules autonomes. Aujourd’hui, les grands constructeurs français de véhicules autonomes ont oublié de les rendre accessibles aux personnes en fauteuil alors que cela pourrait être un formidable espoir d’autonomie pour un public qui ne peut pas se déplacer tout seul.

Même si j’ai l’impression que l’innovation s’intéresse un peu plus au handicap, cela reste en silo. De plus, une start-up qui va se pencher sur cette question ne va innover que dans ce domaine-là exclusivement. Ce n’est pas ce que l’on peut appeler de l’accessibilité universelle. A contrario, toutes les nouvelles solutions de mobilité qui voient le jour comme les scooters et trottinettes électriques ne sont pas faites pour des personnes en situation de handicap. En effet, je constate que la mobilité verte est difficilement compatible avec la mobilité inclusive. J’ai le sentiment que les deux sont vraiment pensées séparément et que la mobilité verte prend une voie qui exclut les personnes à mobilité réduite. Par exemple, le lobbying pour sortir de la voiture est très intense. Pourtant, c’est le seul moyen de transport accessible pour les personnes en fauteuil. Avec la question de la piétonisation des centres-villes, nous ne pourrons plus utiliser la voiture et risquons de nous retrouver dans une situation encore plus pénalisante.

Quelles sont les solutions pour pallier ces problèmes de mobilité ?

Face au manque d’intérêt des acteurs de l’innovation et des politiques, le collaboratif est la meilleure façon de résoudre la problématique des personnes en fauteuil. Nous avons fait le pari de créer « Wheeliz », une plateforme qui permet d’agréger l’ensemble d’un parc de voitures accessibles aux personnes en fauteuil.

Ce sont des voitures qui appartiennent à des particuliers, des associations ou encore des professionnels. L’idée est de se dire que tout le monde collabore en arrivant à mutualiser un parc qui est le plus dense possible. Nous permettons à tous ceux qui ont besoin de se déplacer sur tout le territoire de pouvoir louer une voiture près de chez eux et à un prix beaucoup plus abordable que dans les circuits plus traditionnels de location. C’est une manière de fédérer une communauté solidaire qui a conscience de cette difficulté et du manque complet de solutions qui existent aujourd’hui. Mais malheureusement cela ne suffit pas. Et même si louer une voiture aménagée est plus abordable qu’avant, nous sommes quand même loin d’un ticket de métro à deux euros.

 

La rédaction HOW

par L'ADN

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