Comment les smart grids se font-ils une place dans les villes françaises ?

Et si l’énergie, entièrement renouvelable, était produite au sein même de nos quartiers ? Qu’elle était distribuée de façon intelligente entre les bureaux et les logements ? Et qu’ainsi nous produisions exactement la bonne quantité d’énergie pour nos besoins ? C’est la promesse des smart grids. Mais pour mettre en place ces systèmes décentralisés, encore faut-il mettre d’accord les nombreuses parties-prenantes.

Les « smart grids », ou réseaux intelligents d’énergie, sont des systèmes connectés qui optimisent la production, la distribution et la consommation d’énergie, en temps réel. Ils s’appuient sur les données communiquées par les fournisseurs et les consommateurs, pour anticiper les besoins et ajuster le flux d’électricité. Résultat : moins d’énergie produite et des villes plus vertes.

Mais attention, ces nouvelles solutions technologiques ne sont pas des solutions miracles. La facture énergétique ne pourra être réduite que si les clients, particuliers comme collectifs, apprennent à mieux consommer. La technologie n’atteindra ses objectifs que si les mentalités changent. Grâce aux objets connectés, les citoyens ont désormais à leur disposition des informations claires sur leur consommation énergétique et peuvent ainsi la diminuer. « Il y a une relation logique entre la connaissance de la consommation et la réduction de la consommation », explique Charles-Édouard Delpierre, en charge des activités Villes et smart cities d’ENGIE.

Mais pour arriver au déploiement de ces nouvelles technologies et à l’éducation des consommateurs et consommatrices, encore faut-il engager les parties prenantes. C’est là que les choses deviennent compliquées. Avant, les décisions énergétiques se prenaient de façon centralisée entre l’État, les fournisseurs d’énergie et les réseaux. Facile. Aujourd’hui, l’énergie se pense de façon décentralisée. Les projets de smart grids sont des projets locaux, intégrés dans l’urbanisme qui ne fonctionnent que si les personnes et entités concernées se les approprient.

Développer des smart grids nécessite donc de réunir grandes entreprises de la construction et de l’énergie ainsi que élus locaux, organisations locales et clients finaux. Mais où et comment collaborent-elles ?

Des premières expérimentations ultras locales

Les smartgrids les plus avancés ont été mis en place dans des territoires insulaires, de l’Île d’Yeu à la Réunion, dans des espaces privés, comme les campus universitaires, et dans des éco-quartiers.

Les îles produisent peu d’énergie et sont souvent mal connectées au réseau du continent, elles ont donc particulièrement à gagner des smart grids. Le territoire étant clairement limité et le nombre d’acteurs de l’énergie restreint, elles se prêtent donc bien à des projets complets. « Les îles sont des territoires très intéressants », explique Charles-Édouard Delpierre.

Un des projets insulaires sur lequel s’est engagé Engie a lieu sur l’Île d’Yeu. L’entreprise a mis en place un smart grid basé sur la blockchain avec les collectivités locales et le syndicat de distribution d’énergie pour rendre l’île la plus autonome possible en énergie. A la Réunion, département fort en innovations vertes, EDF a développé un microgrid 100% solaire associé à un stockage à hydrogène pour électrifier le cirque de Mafate, complètement coupé du reste de l’île.

Les campus, qui fonctionnent comme des mini-villes aux gouvernances simplifiées, se sont aussi intéressés aux smart grids assez tôt. L’Université de Harvard a mis en place un microgrid pour produire et distribuer de l’énergie à ses cinq hôpitaux et ses écoles de médecines et de santé publique. Engie et Axium Infrastructure en ont fait l’acquisition en 2018.

Autre terrain d’expérimentation : les quartiers neufs. Certaines smart cities ont décidé d’intégrer un réseau énergétique intelligent à leurs quartiers en construction. C’est le cas à Lyon où les immeubles d’habitation, commerces et bureaux de l’éco-quartier Confluence produisent leurs propres énergies. Bouygues Immobilier y a développé, en partenariat avec Enedis et Schneider, une plateforme utilisant la blockchain pour leur permettre de s’échanger à prix coûtant l’électricité qu’ils produisent en fonction de leurs besoins : un commerce pourrait par exemple faire appel à la production des panneaux solaires de bureaux fermés le weekend.

Faire collaborer startups, grands groupes et collectivités

Le défi pour ces projets est de réussir à se faire entendre toutes les parties prenantes. Il y a d’un côté les startups qui développent des solutions technologiques, de l’autre les grands groupes qui disposent de la puissance nécessaire pour déployer des projets de grande ampleur et bien sûr les collectivités locales.

« Pour faire passer la production et distribution d’énergie d’une échelle étatique à une échelle localisée, nous sommes obligé de nous intéresser à la question de gouvernance », explique Charles-Édouard Delpierre. Cette transition est d’autant plus délicate que « la gouvernance locale est complexe du fait des siècles d’histoire administrative de notre pays ». Pour lui, il n’y a pas de solution miracle : il faut s’adapter aux types de gouvernance en place pour chaque projet.

L’État peut permettre de jouer un rôle de liant dans cette nouvelle donne. En 2016, il a retenu trois projets pour son plan « Réseaux électriques intelligents » qui vise à soutenir les entreprises de la filière et accompagner les territoires dans leur transition : Flexgrid, en Provence-Alpes-Côte d’Azur, Smile, en Bretagne - Pays de la Loire, et You & Grid, dans la métropole lilloise. Ces trois projets permettent de faciliter la discussion entre les différentes parties prenantes et de faire aboutir des projets locaux. C’est notamment grâce à l’association Smile que le projet de l’Île d’Yeu a pu voir le jour.

Pour l’instant, les smart grids se limitent à une succession d’expérimentations locales, de regroupement de parties prenantes et de plans stratégiques locaux, mais il y a fort à penser que ces projets vont se multiplier jusqu’à devenir la norme. D’ailleurs les quartiers neufs et l’immobilier neuf commencent déjà à intégrer les objets connectés et les technologies de production d’énergie nécessaires pour y arriver.

Image d’en-tête par Remko Heemskerk pour Engie

La rédaction HOW

par L'ADN

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