Les internautes ne veulent plus lire le web, ils veulent l’écouter

L’appli de recherche lite Google Go peut désormais lire à voix haute des milliards de pages web. Une fonctionnalité pas si surprenante : la communication orale est en train de prendre le contrôle du web.

Vous pensiez que les messages vocaux et les coups de bigo étaient ringards ? Détrompez-vous ! L’oralité fait son grand retour. Un temps éclipsé par l’écrit des ordinateurs et téléphones portables, l’oral serait en train de retrouver ses lettres de noblesse.

Dans quelques années, si ce n’est pas déjà le cas, vous écouterez une recette dans votre cuisine, un message de votre cousine sur Whatsapp, la météo dans votre salon et un podcast romanesque sur votre portable. C’est en tout cas ce qu’espèrent les GAFAM.

Allo Google

Il y a un peu plus d’un an, Google lançait Google Go en Inde et en Indonésie, une application de recherche « lite » destinée aux pays dits émergents, dont la connexion internet laisse souvent à désirer. Le 28 août, l’entreprise a annoncé sur son blog une nouvelle fonctionnalité : l’application peut désormais lire à voix haute des milliards de pages web en 28 langues, même avec des connexions 2G. Grâce à l’utilisation de l’intelligence artificielle, Google Go est capable de déterminer le contenu à lire et celui à ignorer.


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Cette nouvelle fonctionnalité s’inscrit dans un contexte particulier. En Inde, comme dans beaucoup de pays en voie de développement, la communication orale est privilégiée sur l’écrit. Les internautes s’y échangent d’ailleurs davantage de notes audio et d’images que de messages écrits, selon le média Le Siècle Digital. Google prévient sur son blog, que si la fonctionnalité rencontre le succès escompté, la technologie devrait être développée sur d’autres produits de l’entreprise « pour faciliter l’accès au web pour tous ».

Les mémos vocaux, des appels améliorés

Le succès des messages vocaux ne se limite pas aux pays émergents. En Europe, alors même que le répondeur est devenu obsolète, les notes vocales séduisent. Fin juillet, c’était au tour de LinkedIn d’ajouter la possibilité d’envoyer des messages vocaux, de maximum une minute, via sa messagerie. Sur son blog, LinkedIn expliquait sa décision par une volonté de simplifier les échanges : « les messages vocaux vous permettent de communiquer facilement et rapidement avec vos connexions ».

Une enceinte intelligente Google Home sur une table

Le succès escompté des enceintes connectées devrait changer la façon dont nous obtenons du contenu sur internet. Image par Thomas Kolnowski

L’entreprise ne manque pas d’arguments pour étoffer son intuition. « Les gens parlent environ quatre fois plus vite qu’ils ne tapent, ce qui rend la messagerie vocale idéale pour expliquer des idées plus longues ou plus complexes, sans le temps et l’implication de taper et d’éditer un message », peut-on lire sur l’article de blog. Pourquoi ne pas appeler alors ? Parce que le « destinataire […] peut écouter et répondre au message à n’importe quel moment », de quoi reprendre contrôle sur son temps. Enfin, l’entreprise argue que les messages vocaux permettent de transmettre plus de nuances que les conversations écrites. Quiconque s’est trouvé dans un échange d’emails énervés peut en attester.

Mais, s’il est plus facile de laisser un message que de l’écrire, il est en revanche plus long de les écouter que de les lire, surtout quand il faut démêler ses écouteurs avant de cliquer sur play. Certaines personnes raffolent donc du mode dictée de leur téléphone, dont la performance ne fait qu’augmenter. « Autant on ne prend plus le temps d’écouter ses messages, autant on prend le temps de parler à son téléphone pour qu’il transcrive un message texte », explique la chercheuse Laurence Allard à BFM TV.

A l’écoute

Mémos vocaux et lectures à voix haute ont un autre avantage commun : ils permettent d’avoir les mains libres. A l’occasion du lancement de Google Go, le géant américain vantait l’intérêt de sa fonctionnalité lecture pour le multitâche, idéale pour ceux qui veulent lire une page et faire leur gym en même temps.

C’est l’une des raisons expliquant le succès des enceintes intelligentes. Aux Etats-Unis, un adulte sur cinq est désormais équipé, selon Maddyness. L’étude Speak Easy de J. Walter Thompson publiée en 2017 dévoile que les propriétaires d’enceintes connectées sont d’abord motivés par une recherche de praticité (55%) et par la rapidité de la commande vocale comparée à l’écriture (49%).


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L’intimité de la voix

A l’inverse, certaines personnes raffolent de l’oralité pour des raisons émotionnelles plus que pratiques. Les podcasts, que l’on pensait mort-nés jusqu’en 2015, connaissent aujourd’hui un vif succès. Pour la bédéiste Jessica Abel, interrogée par Slate, ce mode de narration crée un lien d’intimité avec les auditeurs qui correspond parfaitement à l’époque moderne.

Paradoxalement, les podcasts sont à la fois le média le plus ancien et le plus moderne qui soit, rappelle la journaliste Charlotte Pudlowski dans un article de 2016. « La narration orale remonte, probablement, disons à 50 000 ans plus tôt, soit à la parole elle-même. Mais la possibilité d’avoir une voix dans sa poche, sans besoin d’un orateur qui vous suivrait dans la rue pour vous raconter des histoires, remonte à moins de vingt ans. » Comme les mémos vocaux, les podcasts séduisent car ils sont chaleureux et humains, nuancés et personnels, mais aussi parce qu’ils sont asynchrones. Chacun peut les écouter quand bon lui semble.

Efficacité, confort, intimité, nuance… les raisons d’apprécier l’oralité sont nombreuses. Avec le développement des nouvelles technologies, de l’IA, qui permet de lire des textes avec plus d’aisance, à la 5G, qui permet d’échanger des fichiers plus rapidement, la communication orale va devenir de plus en plus facile. Jusqu’à devenir omniprésente ? Retour à la case départ.

Image d’en-tête par UberImages

La rédaction HOW

par L'ADN

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