Assurance : donneriez-vous votre ADN pour payer moins ?

26 avril 2018

Aux Etats-Unis, Levi’s offre à ses employés un test génétique gratuit pour évaluer leurs risques de développer un cancer ou un taux de cholestérol trop élevé. Solution intelligente pour réduire les frais médicaux ou débuts d’une assurance à la carte qui léserait les plus fragiles ?

Le personnel de Levi’s a massivement dit oui aux tests ADN en entreprise. A la grande surprise du PDG du groupe, plus de la moitié du personnel éligible a sauté sur l’occasion depuis le lancement de l’opération en automne.

On peut les comprendre, ce genre de tests permet de prendre des mesures préventives pour éviter des maladies graves. Résultat : un personnel en meilleure santé et moins de frais médicaux à couvrir, crucial compte tenu du coût de la santé aux Etats-Unis. Mais faire analyser son ADN dans le cadre de son entreprise n’est pas sans conséquence.

Donner son ADN à son entreprise pour réduire ses frais médicaux

La startup derrière ces tests, Color Genomics, assure que les entreprises clientes, Levi’s mais aussi General Electric Appliances, Visa ou encore Snap, ne reçoivent pas les résultats personnels mais seulement des données agrégées et anonymisées indiquant le nombre de personnes porteuses de mutations génétiques favorisant le développement de maladies. Mais en lisant les conditions générales de Color, L’ADN a remarqué que l’entreprise peut aussi partager ces informations avec des entreprises externes, « qui doivent légalement garantir la protection des informations que nous partageons avec elles ».

Il y a de quoi s’inquiéter car le sujet est extrêmement sensible. Gizmodo rappelle que partager son code génétique revient à donner ce que l’on a de plus intime. Les gènes ne déterminent pas qui nous sommes mais révèlent des informations sur notre santé, nos relations, notre personnalité ou notre histoire familiale, ainsi que sur les membres de notre famille biologique.

Si une entreprise découvre que vous êtes susceptible de développer un trouble bipolaire, elle pourrait hésiter à vous embaucher. De même, si une assurance sait que vous avez un risque élevé de cancer, elle pourrait bien décider de vous faire payer une surprime. Tout cela peut nous sembler invraisemblable de ce côté de l’Atlantique, c’est pourtant la direction que semble prendre le monde de l’assurance.

Image vidéo Color

La startup Color Genomics permet aux employés de plusieurs entreprises faire des tests d’ADN pour dépister des maladies telles que le cancer. Image de Color Genomics.

 Les données personnelles au service des assurances

Grâce au développement des objets connectés, les assurances peuvent théoriquement avoir accès à un grand nombre de données personnelles et ainsi brosser un portrait fin de leurs souscripteurs et souscriptrices. Sont-ils prudents ? Ont-ils des attitudes à risques ?

Les assurances automobiles sont dans les starting-blocks. En France, une poignée d’assureurs auto comme Direct Assurance, une filiale d’AXA, ou Allianz France, ont développé des formules « pay how you drive ». Comprenez : votre prime de risque dépendra de votre conduite. Leurs applications dédiées traquent la vitesse de conduite, les accélérations, les freinages ou les virages brusques et en déduisent une propension à l’accident. Celles et ceux qui conduisent le mieux paient le moins.

Le secteur de l’assurance habitation devrait aussi changer. Toutes les nouvelles constructions seront connectées d’ici peu. Grâce aux données remontées, les assurances pourront anticiper les déficiences d’un bâtiment mais aussi savoir si les occupants ont bien éteint le gaz ou s’ils étaient bien chez eux lors d’un sinistre.

La fin de l’assurance mutualiste ?

Bref, c’est le début de l’assurance à la carte. Pratique pour celles et ceux en bonne santé et dont le quotidien satisfait les assureurs. Mais qu’est-ce que cela signifiera pour les autres ? Auront-ils toujours accès à ces services ? Et à quel coût ?

Ce n’est pas nécessairement la fin de solidarité explique L’ADN, certaines startups de l’AssurTech travaillent en effet sur des solutions collaboratives également appelées assurances peer-to-peer. Ces coopératives vont regrouper des typologies identiques de personnes afin de leur permettre de s’assurer entre-elles, minimisant les risques et entraînant de fait un cercle vertueux.

La mise en application de la RGDP devrait permettre un certain degré de protection des souscripteurs et souscriptrices, mais elle ne les protégera pas des changements de modèle des assurances. C’est donc aux différents acteurs du secteur de construire un modèle qui ne laisse pas les personnes les plus fragiles sur le bas-côté.

Image d’en-tête par poba

La rédaction HOW

par L'ADN

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